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La nouvelle commission européenne présente le Green Deal européen comme le programme stratégique de son quinquennat.

L’ambition affichée est une Union européenne neutre en émissions carbone et gaz à effet de serre d’ici à 2050, avec une réduction des émissions de 50 à 55% d’ici à 2030.

Dans ce cadre, la Commission entend proposer une série d’initiatives concernant l’ensemble des secteurs économiques. S’agissant du secteur agricole et de la chaine alimentaire, elle renvoie dans son document fondateur du Green deal de janvier 2020 à :

  • une stratégie Farm to Fork qu’elle proposera fin mars 2020,
  • une stratégie biodiversité européenne 2030 aussi annoncée pour mars 2020.

Dans sa forme actuelle, la stratégie Farm to Fork préparée par la Commission européenne prend la forme d’un ensemble d’actions qu’elle voit comme des leviers sur lesquels agir dans les années à venir, sans définir pour autant une ligne directrice claire pour les décisions à prendre pour décliner le Green Deal pour les chaines alimentaires européennes.

Le premier trait de ce projet de la Commission est qu’il se base avant tout sur les mesures existantes dans l’arsenal règlementaire européen et suggère d’en bouger les curseurs.
Que ce soit pour traiter de la relation productions agricoles – environnement ou de la relation alimentation – nutrition, elle ne sort pas des voies déjà explorées et ne semble pas intégrer les enseignements pouvant en être tirés.

De fait, le projet de la commission de stratégie biodiversité propose d’adopter pour 2030 les objectifs suivants :

  • réduction de l’usage des pesticides de synthèse et des fertilisants de 50%
  • surfaces d’intérêt écologiques non productives devant couvrir 10% des superficies agricoles des fermes
  • 30 % des terres agricoles européennes conduites sous agriculture biologique.

Ce type d’approche engagerait les filières agricoles sur une voie de décroissance (avec un impact environnemental incertain), et l’Union Européenne vers plus d’importations agro-alimentaires nonobstant la problématique d’équilibre des marchés mondiaux et de déforestation.

L’impact environnemental de telles orientations reste sujet à caution au regard :des expériences vécues par certains pays européens.

Au delà même du sujet de l’empreinte carbone, la hausse visée de la production biologique serait de nature à annihiler la prime de marché dont bénéficient produits bio et donc mettre cette filière européenne dans une impasse.

Réussir le Green deal européen implique un changement de paradigme des décideurs européens : réfléchir autrement, sortir des automatismes règlementaires déjà usités sans grand succès pour une Union Européenne qui réalise.

Des orientations de réductions des intrants et des émissions de gaz à effet de serre ne pourront être économiquement et socialement vertueuses et efficaces que si elles découlent :

  • d’une vraie stratégie de transition s’adossant notamment sur un investissement dans l’adoption de pratiques nouvelles (agro-écologie…), dans le recours aux nouvelles technologies (e.g. agriculture de précision) ;
  • une transition visant la neutralité des exploitations en termes d’émissions et une attention forte en matière de biodiversité dés les sols,
  • une transition qui soit dument soutenue par une PAC rénovée définissant des orientations européennes et un cadre commun d’exigences et de droits et qui mette au centre de ses préoccupations le dynamisme économique et la durabilité environnementale en même temps.

De fait une question se pose aujourd’hui aux décideurs politiques et acteurs économiques et sociétaux : la PAC réformée doit-elle être la réponse européenne et l’outil de réalisation du Green Deal en matière d’agriculture et d’alimentation et de chaine alimentaire, ou bien n’est-t-elle qu’un sujet collatéral et disjoint avec une stratégie Farm to Fork et une stratégie biodiversité 2030 trouvant alors leur expression dans de nouvelles règlementations définissant des objectifs chiffrés s’appliquant à tous dans l’Union Européenne là où la réforme proposée de la PAC propose à chaque état membre de définir ses propres objectifs au regard de ses priorités particulières ?

Cette première option suppose de s’interroger sur les faits générateurs qui sont à la base dans une exploitation d’une durabilité effective, sur la façon de les mesurer et sur les moyens alors proposés aux agriculteurs pour les accompagner dans les transitions les plus adaptées à leur exploitation qu’ils mettront en œuvre.

Orchestrer une durabilité réelle de l’Union Européenne implique de réussir à conjuguer :

  • une production agricole assurant une souveraineté forte de l’Union Européenne sur la scène mondiale et une vitalité de toutes ses zones rurales,
  • une gestion assurant une qualité intrinsèque optimale des terres agricoles européennes, une orientation zéro émissions d’intrants employés dans le sol, l’air et les eaux, une neutralité carbone (voire une séquestration nette là où tous les autres secteurs économiques ne peuvent être au mieux que faiblement émetteurs). Le marqueur de l’ensemble de ces externalités environnementales recherchées est le bilan carbone des exploitations agricoles.

L’enjeu du Green Deal pour l’agriculture est dés lors de viser une neutralité carbone des agricultures européennes par des voies qui concourent à renforcer aussi leur durabilité économique et sociale.