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Échange avec Tom Vilsack, Secrétaire USA pour l’agriculture

Les membres du comité ont échangé avec le secrétaire américain à l’agriculture Tom Vilsack leurs points de vue sur les relations transatlantiques en matière d’alimentation et d’agriculture, notamment sur le commerce, les objectifs de durabilité et la PAC.

M. Vilsack a commencé son discours d’ouverture en rappelant l’importance des relations commerciales avec l’UE, tant pour les États-Unis que pour le monde entier, compte tenu de la quantité de denrées alimentaires échangées et du rôle qu’elles jouent dans l’alimentation des consommateurs nationaux et étrangers. Il a également déclaré que les États-Unis s’engagent en faveur d’un mode de production plus durable et plus résilient, soulignant que les États-Unis et l’UE ont le même objectif, mais qu’ils peuvent avoir des moyens différents pour l’atteindre.

M. Vilsack a expliqué comment l’agriculture américaine atteindra les objectifs de durabilité sous son mandat : après des décennies au cours desquelles les administrations américaines se sont concentrées sur la productivité et l’augmentation des rendements, les données montrent que cette méthode n’est pas viable économiquement pour les agriculteurs, étant donné que 90 % des exploitations ne génèrent pas suffisamment de revenus pour subvenir aux besoins de leurs familles et que près de 50 % des exploitations ne génèrent aucun bénéfice aux États-Unis, le temps d’un nouveau type de système agricole est arrivé. Un système qui prend en compte les trois aspects de la durabilité, à savoir l’économie, le social et l’environnement.

L’accent sera mis sur des marchés et des segments nouveaux et améliorés : un soutien accru aux marchés locaux et régionaux (afin de réduire les déplacements et les émissions qui y sont liées), aux petits agriculteurs et au renforcement de la coopération. Ils établiront un lien entre les consommateurs individuels et les achats institutionnels (les programmes scolaires achèteront des denrées alimentaires localement) ; l’accent sera mis sur la capacité de transformation afin d’obtenir une plus grande transparence et de soutenir les petites et moyennes capacités de transformation dans les zones locales. Soutien financier sera accordé aux programmes de conservation ; des efforts visant à préserver 30% des terres tout en collaborant avec les agriculteurs et les éleveurs. Il a souligné qu’ils recherchent des moyens créatifs de compenser les agriculteurs pour leurs efforts en matière de capacité de séquestration ; établir des marchés du carbone pour l’agriculture ; fournir des incitations réelles pour un marché qui leur sera bénéfique ; augmenter le financement à la R&I à cette fin (séquestration, résilience, santé des sols et qualité de l’eau, etc). Il a mentionné les opportunités liées aux déchets alimentaires et leur potentiel à être convertis en quelque chose de plus précieux comme l’énergie, les matériaux, les produits chimiques afin de produire un autre revenu pour les agriculteurs.

Les États-Unis continueront à participer au commerce international, soulignant que la relation avec l’UE est fructueuse, mais qu’elle comporte des aspects difficiles qui doivent être résolus. Il sera important d’affronter ces difficultés et de maintenir le dialogue ouvert.

Il a souligné le rôle important de la sylviculture (incendies), de la reforestation, de la protection des zones vertes, de l’expansion des opportunités de marché, des moyens de réduire l’empreinte carbone des biocarburants, ainsi que du financement de la R&I à augmenter pour trouver des méthodes et des pratiques plus durables. Le gouvernement américain privilégiera la recherche publique, car son accès est plus facile pour les agriculteurs. Le secrétaire d’État américain s’est montré ouvert à un renforcement de la coopération dans ce domaine, mentionnant les possibilités importantes offertes par l’édition de gènes pour des objectifs de durabilité.

Les députés ont pris la parole :

Dorfmann (PPE) a déclaré que de nombreux sujets figurant à l’ordre du jour du Secrétaire américain sont partagés par l’UE, notamment sur les objectifs visant à réduire les émissions dans l’agriculture. A ce sujet, l’euro député a mentionné la stratégie “de la ferme à la fourchette” et a demandé le point de vue du Secrétaire sur cette initiative européenne, et comment, si elle est mise en œuvre, les relations commerciales seront affectées.

M. De Castro (S&D) a commencé son intervention en remerciant le Secrétaire américain et ses collègues pour le moratoire convenu sur les tarifs douaniers ; selon M. De Castro, l’administration Biden ouvre une nouvelle ère de coopération. Il a souligné que de nombreux éléments mentionnés par le fonctionnaire américain font partie de la réforme de la PAC, notamment la durabilité environnementale, sociale et économique. Le député a rappelé les menaces que représente la Chine, et a souligné que l’innovation est la voie à suivre, notamment grâce aux NGT, si nous voulons atteindre les objectifs fixés dans le Green Deal.

Müller (Renew) a déclaré que la F2F aura des conséquences sur les relations commerciales, sur les soldes d’importation et d’exportation et a demandé quels problèmes la mise en œuvre de cette stratégie entraînerait.

Häusling (Verts) a répété que les tensions que la relation UE-USA a connues ces dernières années sont maintenant terminées et c’est une très bonne nouvelle. La stratégie F2F est très ambitieuse et il a demandé si les États-Unis avaient le même niveau d’engagement. Il a déclaré que son groupe a des points de vue différents sur l’agriculture biologique, et a regretté que ce mode d’agriculture n’ait pas été mentionné par le Secrétaire, compte tenu de l’important soutien de l’UE à ce secteur. Il a également mentionné que les opinions sont différentes sur les hormones dans le bœuf, les OGM, le clonage, etc.

Kuzmiuk (ECR) a appelé à rendre permanente la trêve sur les questions commerciales, et a déclaré que les pays de l’UE devraient tous être traités de manière égale et avoir le même accès au marché américain.

Zoido-Álvarez (PPE) et Aguilera (S&D) ont mentionné que, malgré le moratoire tarifaire, les anchois noirs espagnols étaient toujours affectés par les mesures de protection et ont demandé leur suppression.

Sander (PPE) a souligné que, même si les combats que les décideurs ont décidé de mener dans l’agriculture sont les mêmes des deux côtés de l’Atlantique, les moyens d’y parvenir sont différents. Elle a fait remarquer que l’UE a adopté une approche ambitieuse mais qu’elle manque de pragmatisme et qu’elle doit se référer à des études réalisées par les services américains. Elle a donc demandé quelle était l’opinion des États-Unis sur l’approche adoptée par l’UE en matière d’agriculture.

VILSACK a répondu à certains des points soulevés par les députés : il a souligné son engagement en faveur d’une agriculture plus productive, plus rentable, plus durable, et l’édition de gènes est une voie possible. Il a fait remarquer qu’il est difficile d’accéder au marché de l’UE, les USA ont enregistré un déficit important de la balance commerciale dans le secteur agricole avec l’UE : si le Congrès américain doit voter en faveur d’un accord commercial, l’accès au marché de l’UE doit lui être pleinement garanti. Les discussions doivent se poursuivre.

La F2F a été évaluée, de leur point de vue il pourrait y avoir certains problèmes, notamment sur le plan économique pour l’agriculture (baisse des revenus, de la productivité et des exportations). Il a fait part de ses inquiétudes quant à l’adhésion réelle des agriculteurs à cette stratégie. En tout état de cause, l’accent devrait être mis sur le marché, la science et les systèmes d’incitation. Il soutient la diversité des méthodes de production agricole (biologique, traditionnelle, agroforesterie, etc…) ; il ne s’agit pas de choisir une méthode plutôt qu’une autre, mais de donner les outils aux agriculteurs pour leur permettre de mettre en pratique la transition s’ils le souhaitent.